Prix 2005

Le prix 2005, premier prix remis par le comité, a été attribué à M. Hubert Gerbeau pour sa thèse L’esclavage et son ombre à Bourbon. La cérémonie s’est tenue en présence du ministre de l’outre-mer dans le salon Delgrès, le 31 janvier 2006.

Discours prononcé par la vice-présidente du comité, Françoise Vergès :

Historien de l’Océan indien et plus particulièrement de l’île de la Réunion, souvent appelée île Bourbon dans son œuvre immense, Hubert Gerbeau a occupé des fonctions nombreuses au cours de sa longue carrière d’enseignant et de chercheur universitaire, qu’il est impossible de toutes rappeler ici.

Quelques jalons permettent de comprendre un itinéraire qui a conduit l’auteur à consacrer la quasi-totalité de ses recherches à l’histoire de l’esclavage.

D’abord un poste au Mali, un autre en Guyane française, puis au lycée Schoelcher en Martinique l’ont fait entrer de plain-pied dans l’histoire des formes complexes de l’esclavage et de ses traces persistantes dans la longue durée.

Après une période passée en France métropolitaine, ce sera à nouveau l’expérience de l’outre-mer, mais cette fois pour une très longue période de 17 années et le lieu sera presque aux antipodes des Antilles françaises : l’île de la Réunion et son centre universitaire. Désormais Hubert Gerbeau ne cessera plus de s’intéresser à l’histoire de Bourbon, en fera le centre de sa thèse et de sa carrière de chercheur de renommée internationale. Dans cette université de la Réunion, il occupera de nombreux postes de responsabilité, notamment en matière de recherches historiques : codirecteur du Centre Historique de l’Océan indien, directeur de l’UER de lettres et sciences humaines , responsable de la collecte des archives orales réunionnaises, membre fondateur de la Fondation pour la recherche et de développement dans l’Océan indien ….

La liste serait longue s’il fallait citer la totalité des responsabilités exercées par notre lauréat, mais chacun en a compris l’orientation : la connaissance à la fois historiques et contemporaine des sociétés des Mascareignes, et principalement de la Réunion, cœur de ses travaux. Aujourd’hui, Hubert Gerbeau est de retour à Aix, où il a terminé sa carrière universitaire. Il reste un chercheur actif, toujours membres des équipes de recherche, rédacteur en chef de l’annuaire des Pays de l’Océan indien et des Cahiers des anneaux de la Mémoire ; il collabore aux évaluations des ouvrages soumis au Centre national du livre (CNL). C’est donc un chercheur d’envergure que le CPME a l’honneur de recevoir aujourd’hui pour lui remettre solennellement son premier prix de thèse. Nous ne doutons pas un instant que la publication imminente de cette thèse contribuera à une meilleure connaissance de l’histoire de l’esclavage à la Réunion, peut-être moins connue ici que celle des Antilles françaises ou d’Haïti. En accordant son prix à un travail d’aussi grande ampleur, le Comité remplit sa mission qui consiste à encourager la recherche et la diffusion de ses résultats auprès d’un public aussi large que possible, compte tenu de la masse même des informations et de la complexité des analyses qui ne sauraient se réduire à des schémas simplificateurs, voire simplistes.

Sa thèse, L’esclavage et son ombre. L’île Bourbon aux 19e et 20e siècles, comporte cinq tomes. Elle fut soutenue devant l’Université d’Aix en Provence, le 19 mai 2005, sous la présidence du professeur Jean Benoist. Sa direction a été assurée par Gérard Chastagnaret, professeur à la Casa de Velasquez à Madrid.

L’ampleur même du travail, avec ses plus de 1500 pages, interdit toute prétention à en donner une analyse détaillée ici. La prochaine publication permettra au public d’en prendre une connaissance minutieuse.

Je veux simplement, non justifier le choix du jury car il s’est imposé rapidement, mais dégager la démarche de l’auteur, les choix scientifiques qui justifient le sujet lui-même : l’esclavage et l’ombre portée jusqu’au cœur du 20e siècle par cette pratique pourtant abolie en 1848.

L’auteur explique lui-même son sujet en ces termes :

« On s’étonnera peut-être que dans le titre de la thèse on trouve “Bourbon” plutôt que “La Réunion” et qu’il y soit question d’ombre. La société de Bourbon est, à l’époque de l’esclavage, hantée par la liberté : ombre de la liberté, espoir pour les uns, menace pour les autres. Après 1848, la société réunionnaise, société de liberté, me semble imprégnée de tels archaïsmes que le nom de Bourbon, plus que tout autre, marque peut-être la fixation sur un passé de servitude vécu par ses membres. Ombre d’un esclavage, dont les uns gardent la nostalgie et dont les autres portent le poids, réel ou fantasmatique, poids de chaînes, de misère, de mépris, de léthargie ou de fureur. »

Cette citation résume toute la démarche de l’auteur : aller du passé bourbonnais, esclavagiste par essence, au présent de la Réunion d’aujourd’hui, profondément marqué par un passé si prégnant qu’il s’identifie encore largement au passé pourtant honni. Il s’agit donc à la fois d’une histoire de la construction de l’esclavage à la Réunion et d’une histoire de la mémoire présente de cet esclavage à l’époque où Hubert Gerbeau a mené son enquête, je dirai sa quête. En effet, et c’est le dernier point que je soulèverai devant vous, il s’agit autant d’une recherche dans les archives, nombreuses et dispersées entre Aix, Paris, Saint-Denis, notamment, que d’une longue et patiente enquête orale pour pister, à la manière d’un anthropologue ou d’un sociologue, les traces profondes de l’esclavage dans les pratiques sociales, les mentalités, les inégalités dans la société réunionnaise post-esclavagiste. Les aspects occultés aussi bien que les résurgences assumées au fil des commémorations ont été explorés, analysés, interprétés.

Au total, cette thèse, riche et foisonnante, a mis en œuvre une masse documentaire imposante, qui explique la durée de l’enquête.

Thèse de doctorat d’Etat à l’ancienne (peut-être une des dernières en France ?), ce travail fera date dans les recherches non seulement sur la Réunion, mais aussi sur les sociétés post-esclavagistes dans la longue durée, aussi bien des Antilles que du continent américain lui-même. Le CPME a été très attentif à cette portée universelle de la thèse récompensée aujourd’hui.

Œuvre d’un historien de grand renom, elle ouvre une voie royale, pour les années à venir, aux plus jeunes chercheurs qui ne manqueront pas de proposer leurs travaux pour ajouter leur nom à celui d’Hubert Gerbeau, premier lauréat de ce nouveau prix de thèse.

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