Enseignement

Les propositions du comité pour la mémoire de l’esclavage

Afin de préparer son premier rapport, rendu en 2005, le comité pour la mémoire de l’esclavage a dressé un état des lieux sur l’enseignement de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions : programmes, documentation pédagogique, contenu des manuels...

Il a mené une série de rencontres dès sa nomination avec le ministère chargé de l’éducation nationale : cabinet, représentants de l’inspection générale chargés de l’enseignement secondaire et primaire. Il a pris des contacts avec les éditeurs. Des réunions de concertation et de décision interministérielles au niveau des services des directions centrales et des cabinets ont également été tenues en 2005 et début 2006 dans le cadre de la préparation du 10 mai 2006 auxquelles ont participé les bureaux chargés des programmes, de l’action éducative et artistique, de la formation des enseignants.

Il est apparu qu’un changement de perspective s’imposait dans cet enseignement afin que toutes les composantes de la société se sentent intégrées dans l’histoire de France, et que soit souligné le caractère universel de ces discriminations que la loi du 21 mai 2001 reconnaît comme un crime contre l’humanité. Plutôt que d’aborder l’esclavage par des biais aléatoires, il convient donc de l’intégrer pleinement et systématiquement dans l’histoire de l’expansion européenne, de souligner, à travers le cas de la France, mais aussi par des comparaisons internationales, ses multiples facettes, et le lien qui existe entre l’histoire de la colonisation et celle du temps présent.

Il a suggéré une approche autour de trois axes :

- les réalités matérielles de la traite et de l’esclavage ;
- les violences engendrées par la traite, l’esclavage, les révoltes, les répressions ;
- les mouvements abolitionnistes.

Ces axes devant à leur tour être déclinés selon des thèmes :

- les grandes figures (banquiers, grands planteurs et armateurs, instigateurs des révoltes, figures de la résistance...) ;
- les thèmes littéraires (Diderot, Raynal, Voltaire, Hugo, Dumas...) ;
- les représentations par l’image et leur critique (tableau de Verdier, l’esclave de Renard, Stedman, Biard...). Il a enfin émis une série de propositions concrètes.

Propositions du rapport 2005

Enseignement :
- Insertion à une place significative dans les manuels scolaires à destination de la métropole de tous les aspects de l’esclavage et de la traite négrière ;
- Intégration des sujets liés à la traite négrière, à l’esclavage et à ses processus d’abolition dans les programmes de recrutement (CAPES et agrégation d’Histoire-Géographie, de Lettres modernes ou de Philosophie) ;
- Création d’un événement culturel au sein des établissements scolaires, suscitant des productions écrites ou orales, sur toutes formes de supports ;
- Création de documents d’accompagnement (recensement des sources et propositions de séquences pédagogiques) à l’usage des professeurs des écoles et des professeurs du secondaire ;
- Création d’une semaine d’actions de sensibilisation dans les établissements scolaires autour de la date de commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage.

Les rapports publiés pour les années 2006 et 2007 ont constaté des avancées et en ont donné des exemples : meilleure prise en compte de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions dans plusieurs manuels scolaires à l’occasion de leur réédition, instructions aux académies, chefs d’établissement et enseignants par circulaire, séminaires et colloques sur le thème de l’enseignement de l’esclavage et journées de formation et information des professeurs, élaboration et mise à disposition, notamment en ligne, de ressources pédagogiques, nombreuses manifestations le 10 mai ou autour du 10 mai dans les établissements, échanges scolaires... (voir rubrique sur les commémorations du 10 mai).

Les préconisations du CPME ont donc porté, pour 2006 et 2007, sur des points complémentaires précis :

Propositions du rapport 2006

Dans le cadre de la révision des programmes :

Outre la prise en compte des propositions de 2005 :
- que l’étude ne se limite pas à l’évocation du commerce dit "triangulaire" ;
- que les élèves abordent la question de la vie quotidienne des esclaves des plantations ;
- que les résistances à l’esclavage soient davantage mises en évidence, autour de la question de la révolte de Saint-Domingue et de bien d’autres phénomènes de résistance qui se produisirent dès les débuts de la colonisation et de la mise en place du système esclavagiste dans toutes les colonies concernées ;
- que la première abolition de l’esclavage de 1794, sa place dans la Révolution française et le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte en 1802 fassent partie des repères fondamentaux proposés aux élèves ;
- que le Code Noir soit évoqué lors de l’étude de la monarchie absolue de Louis XIV ;
- que les élèves de 4e réfléchissent à la notion de crime contre l’humanité à partir de la question de l’esclavage et de la traite négrière ;
- que l’étude de ces thèmes soit conduite à travers une approche pluridisciplinaire.

Dans le cadre des autres actions :

- une meilleure visibilité des productions pédagogiques faites sur le sujet dans le cadre plus général du prix des Droits de l’Homme René Cassin ;
- la production et l’édition d’outils pédagogiques de référence en rassemblant ceux de grande qualité déjà constitués pour en faire une sythèse utilisable dans les établissements scolaires ;
- le renouvellement de la circulaire invitant les établissements à débattre de ces questions chaque 10 mai ;
- l’intégration dans les Plans Académiques de Formation des journées sur l’enseignement de l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Propositions du rapport 2007

Dans ce rapport, le CPME a repris les éléments d’un courrier envoyé en octobre 2007 au ministre chargé de l’éducation nationale. Il a insisté sur les points suivants :
- 2008 sera une année de consolidation des acquis sur lesquels la France ne saurait revenir. En particulier, l’enseignement de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ne devraient faire l’objet d’aucune révision.
- dans les temps forts du socle commun doit donc être intégrée une formulation explicite de l’importance de ces sujets, en concordance avec les documents d’accompagnement ;
- ces sujets doivent être pris en compte dans les plans académiques de formation ;
- la mise en réseau des actions pédagogiques innovantes doit être effectuée au sein de chaque académie ;
- suite à l’intégraton au concours des Droits de l’homme René Cassin des productions pédagogiques relatives à la traite négrière et à l’esclavage, il a suggéré que ce concours soit davantage porté à la connaissance des enseignants et que le jury rende son palmarès avant la fin de l’année scolaire corespondant à la date de l’inscription des établissements au concours ;
- les nouveaux programmes qui s’appliqueront au collège à partir de la rentrée 2008 doivent formaliser ces premières étapes vers une approche renouvelée de notre histoire nationale intégrant les problématiques les plus récentes de la recherche contemporaine ;
- il est impératif, enfin, de lier ces actions à la création un centre national de mémoire et d’histoire (ressources, documentation et recherches), où le visiteur, et notamment les élèves, les professeurs, les familles, trouveraient des informations fiables et accessibles : cartes, chiffres, films, ouvrages éducatifs et de recherche.

Illustrations :
- le code noir
- vue de l’incendie du cap Français, 21 juin 1793, révolte d’esclaves, Archives départementales de la Martinique. Image tirée de l’Inventaire muséographique (site du CPME).
- François-Auguste Biard, révolte d’un esclave sur un navire négrier, musée du Nouveau Monde de La Rochelle. Image tirée de l’Inventaire muséographique (site du CPME).


 

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